Un genre de Portrait.
Thomas Lévy-Lasne est peintre. Et plutôt fier de l’être. Mais cette relative “fierté” se double d’une grande humilité quant à la peinture elle-même, et à ce qu’elle montre: ce qui nous regarde, nous entoure. Ni plus, ni moins. L’artiste s’inscrit pleinement dans une histoire de la peinture classique, figurative et réaliste, et dans une forme de degré zéro de ce médium qui, s’il n’est pas passé aux oubliettes et a même vécu ces dernières années une sorte de revival, a longtemps souffert d’un certain dédain généralisé du fait, précisément, de son ancrage profond dans l’histoire de l’art.
Thomas Lévy-Lasne ne prétend à aucune révolution picturale. Il peint. Point. Du mieux qu’il peut. Et il peint ce qu’il voit, ce qu’il vit, dans un style volontiers littéral, à l’instar des titres qu’il donne à ses œuvres. Si la photographie lui sert le plus souvent de base, la question de savoir s’il s’agit de photo ou de peinture ne se pose pas, ou du moins pas longtemps, tant le travail sur la matière, et la lumière, est présent et palpable. Faire illusion n’est pas son intention. Scènes anecdotiques de la vie quotidienne, paysages, mais aussi, et peut-être surtout, des portraits: Thomas – autoportrait –, Louise, Marie, Aurélien et les autres prennent la pose, sur fond neutre. Des expressions se lisent sur les visages. Corps et regards parlent d’eux-mêmes, sans pouvoir néanmoins se faire entendre. À chacun sa petite histoire. Mais l’artiste prend le soin d’évacuer le plus possible tous les signes, qu’il juge de trop, qui pourraient alimenter la dimension narrative du tableau. Le réel suffit. Cela ne ressemble à rien, mais c’est déjà quelque chose… C’est ce petit “quelque chose” – trois fois rien – qui fascine l’artiste, lequel s’emploie à le retranscrire de la manière la plus fidèle possible, sans pour autant verser dans une forme radicale d’hyperréalisme. “C’est le travail de la peinture de passer de la boue picturale à une image incarnée, écrit Thomas Lévy-Lasne. (…) Là où l’imagerie sert de référent, de signe, de symbole en profond rapport avec le langage, la peinture, elle, joue de présence”.
Loin de désarmer l’artiste, l’évidence et la banalité lui servent de moteur créatif. La fiction, comme fuite hors du réel, n’est pas ce à quoi il aspire. Pas de mensonge. Thomas Lévy Lasne peint comme il respire, touché par la grâce d’une présence pure, et simple.
Anne-Lou Vicente
écrit à l’occasion du 55e salon de Montrouge (2010)

